LA RUSSIE A L'HONNEUR

Au fil des éditions dont nous avons eu le privilège d'être témoin, la Biennale Internationale d'arts plastiques de Tinchebray a atteint une reconnaissance dépassant largement les limites de la Normandie. Son rayonnement tient autant à la qualité qu'à la diversité des artistes et des oeuvres qu'elle nous permet de découvrir. Leur provenance géographique illustre, à elle seule, l'impact de l'événement. Dotée d'un certain nombre de prix qu'un jury qualifié décerne à l'issue de concertations animées, cette manifestation d'ampleur veille, autant qu'il est possible, au renouvellement de ses participants, tenant ainsi son public en éveil. Cette année près de cent trente artistes nous ouvrent une nouvelle fois leur univers. Chacun d'eux le fait selon sa sensibilité et le regard que lui inspire le monde. Chacun s'applique à nous toucher dans la langue qui lui est propre.

L'une des originalités de la Biennale de Tinchebray est de mettre à l'honneur un duo d'artistes - un peintre et un sculpteur - nés et travaillant hors de nos frontières. Cette année, c'est La Russie, terre d'histoire féconde en génie, qui mobilise les feux des projecteurs. Cette ouverture à d'autres cultures est un bienfait car elle permet de passionnantes confrontations tout en misant sur l'amitié, levain de la compréhension et de l'échange fraternel entre les peuples. On ne saurait trop insister sur cet aspect. Nul n'est mieux qualifié qu'un artiste pour éclairer la dimension universelle de l'Homme, qui transcende toute idée d'appartenance communautaire ou de divisions politiques.

L'édition 2014 rendra ainsi hommage à deux grands artistes russes. Le peintre Solomon ROSSINE et le sculpteur Dmitry Nikitovitch TUGARINOV. Ces hôtes de renom ont en commun l'attention, toute empreinte de compassion, qu'ils portent à la figure humaine. Chacun s'exprime en fonction de ce qu'il a vécu et des rencontres qui ont nourri sa trajectoire, parfois douloureuse. Si une vingtaine d'années les sépare, on retrouve chez l'un comme chez l'autre un besoin de saisir le caractère irremplaçable de la vie qui peut prendre mille visages. Dans un monde où l'exploit technique tend à nous éloigner de nous-mêmes et de nos origines, rien ne peut remplacer l'expression d'un visage ou d'un corps dans leur touchante fragilité. Car chaque être est unique, irremplaçable. Mais la vie ne dure qu'un instant. Que pèsent ambitions et conquêtes face à la force d'un regard? En bousculant nos habitudes, puisse cette nouvelle édition stimuler l'élan de nos coeurs!

                                                                                                                Luis PORQUET